MAX-POL FOUCHET OU LE PASSEUR DE RÊVES



<table border="0" cellspacing="10" cellpadding="10" align="center"><tr><td><img border="0" src="pics/images/mpfnb.jpg" width="136" height="190" /> </td><td><div align="left"><font color="#ff8000" size="2" face="Arial,Arial,Helvetica,sans-serif,sans-serif''"><strong /></font></div></td></tr><tr><td colspan="2"><font color="#545bdc" size="2" face="Arial,Arial,Helvetica,sans-serif,sans-serif"><strong><font color="#545bdc" size="2" face="Arial,Arial,Helvetica,sans-serif,sans-serif"><strong><p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<font color="#0000ff" size="3" face="times new roman,times,serif">&nbsp;<br />&nbsp; &nbsp;Livre-hommage r&eacute;alis&eacute; &agrave; l&rsquo;occasion du vingti&egrave;me anniversaire de la mort de Max-Pol Fouchet &agrave; V&eacute;zelay o&ugrave; il &laquo; jetait l&rsquo;ancre &raquo; pour s&rsquo;adonner plus pleinement &agrave; l&rsquo;&eacute;criture de son &oelig;uvre (1913-1980). Comprenant 40 photographies en noir et blanc prises par le grand voyageur en Inde, Egypte, Cameroun, Tchad, Mexique, Guatemala, Bolivie, P&eacute;rou, Portugal, Pologne, France&hellip;, le livre donne &agrave; voir des visages, des rivages et des paysages saisis par l&rsquo;&oelig;il exerc&eacute; du &quot;po&egrave;te&rdquo; tout en permettant de &laquo; go&ucirc;ter &raquo; quelques-uns de ses textes, in&eacute;dits ou m&eacute;connus. </font></p><p><font color="#0000ff" size="3" face="times new roman,times,serif">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Chaque photographie a inspir&eacute; une r&eacute;flexion offerte pour la circonstance par ses amis, la plupart &eacute;crivains ou artistes de renom. Les participants ont &eacute;t&eacute; invit&eacute;s &agrave; laisser vagabonder souvenirs et &eacute;motions par l&rsquo;Atelier Imaginaire, ma&icirc;tre d&rsquo;&oelig;uvre du projet, en concertation avec Marianne Fouchet, fille unique de l&rsquo;&eacute;crivain, et l&rsquo;association &laquo; Les amis de Max-Pol Fouchet &raquo;. </font></p><p><font color="#0000ff" size="3" face="times new roman,times,serif">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Con&ccedil;u, agenc&eacute; et pr&eacute;fac&eacute; par Guy Rouquet, pr&eacute;sident de l&rsquo;Atelier Imaginaire et fondateur du prix de po&eacute;sie Max-Pol Fouchet, le livre est agr&eacute;ment&eacute; de quelques portraits de l&rsquo;artiste r&eacute;alis&eacute;s par Jean-Pol Stercq, photographe. <br /><br /></font></p><div align="center"><img border="0" src="pics/images/burmpf.jpg" width="210" height="146" /> <br /><font size="1">Le Bureau de V&eacute;zelay</font> </div><font color="#000000">&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br /></font><font color="#000000"><br />&nbsp;Les contributions originales sont de : <br /></font><font color="#000000"><font color="#000000"><font color="#000000">&nbsp;Olympia Alberti - Jos&eacute; Artur - Marie-Claire Bancquart Yves Berger - &nbsp;Jean Bertho - Rachid Boudjedra - Jacques Brachet - Andr&eacute; Brincourt &nbsp;Eric Brogniet - Jacques Chancel Edmond Charlot - Andr&eacute;e Chedid - &nbsp;Georges-Emmanuel Clancier - Pierre Dumayet - Julien Gracq - &nbsp;Marcel Jullian Ladislas Kijno - Jean Lacouture - Charles Le Quintrec &nbsp;Hubert Nyssen - Ren&eacute; de Obaldia - Jean Orizet - Andr&eacute; Parinaud - &nbsp;Patrick Poivre d&rsquo;Arvor - Jean Roire - Guy Rouquet - Jules Roy - &nbsp;Claude Santelli - Henri Zerdoun.<br /><br /><br /></font><div align="center"><img border="0" src="pics/images/dismpf.jpg" width="161" height="220" /> <br /><font size="1">Le discours de Max-Pol Fouchet</font> </div><div align="center"><div align="center"><div align="center"><div align="center"><div align="left"><br /></div><div align="left"><em><div align="left"><em><font color="#0000ff"><br /><font color="#0000ff"><br />&quot;Apr&egrave;s avoir couru le monde pour s&rsquo;assurer de la r&eacute;alit&eacute; et v&eacute;rifier ses r&ecirc;ves &agrave; la fa&ccedil;on de Nerval, apr&egrave;s avoir lu tous les livres comme les buveurs illustres chers &agrave; Rabelais afin de les r&eacute;v&eacute;ler au plus grand nombre, Max-Pol Fouchet avait choisi de se retirer &agrave; V&eacute;zelay. Son prestige &eacute;tait immense. La radio (Le Journal musical d&rsquo;un &eacute;crivain&hellip;), mais davantage encore la t&eacute;l&eacute;vision (Le Fil de la vie, Lectures pour tous, Terre des arts, Les Impressionnistes&hellip;) lui avaient conf&eacute;r&eacute; une aura extraordinaire. Rien de ce qui est humain ne lui &eacute;tait &eacute;tranger. </font></font></em><em><p align="left"><font color="#0000ff">En ao&ucirc;t 1980, l&rsquo;homme de Fontaine et de toutes les rencontres &eacute;tait un voyageur &agrave; l&rsquo;ancre quand, venant du plus profond de la ligne de nuit, le mascaret qu&rsquo;il aimait tant vint le chercher pour l&rsquo;entra&icirc;ner sur cet autre versant qu&rsquo;il ne craignait pas. Car de la mort il s&rsquo;&eacute;tait fait une amie, la consid&eacute;rant comme le &laquo; piment &raquo; m&ecirc;me de la vie. </font></p><p align="left"><font color="#0000ff">&laquo; Mari&eacute; &agrave; la po&eacute;sie &raquo;, &laquo; amant de Libert&eacute; &raquo;, &laquo; agnostique mystique &raquo;, ce travailleur infatigable voulait &ecirc;tre fort pour les autres. Centre et mesure de toutes choses, l&rsquo;homme le fascinait, qu&rsquo;il s&rsquo;employa &agrave; rejoindre parmi les peuples nus comme le long des rives du Gange, dans la vall&eacute;e du Nil comme sur les hauts plateaux andins ou mexicains. Le professeur d&rsquo;enthousiasme qu&rsquo;il &eacute;tait n&rsquo;eut de cesse d&rsquo;&eacute;clairer de son sourire le c&oelig;ur de ses semblables, l&rsquo;incitant &agrave; r&eacute;sister contre la m&eacute;diocrit&eacute; et la tyrannie, l&rsquo;invitant &agrave; traverser les apparences pour s&rsquo;ouvrir &agrave; la vraie vie. </font></p><p align="left"><font color="#0000ff">Ils sont nombreux &agrave; &ecirc;tre redevables &agrave; Max-Pol Fouchet de cette seconde naissance, la seule qui compte vraiment dans la mesure o&ugrave; l&rsquo;essentiel se r&eacute;v&egrave;le quand tombent les masques et que s&rsquo;&eacute;croulent les d&eacute;cors. Car cet aventurier de l&rsquo;esprit, qui avait pour patrie la langue fran&ccedil;aise, &eacute;tait un &eacute;veilleur hors pair. En conduisant les autres vers le secret des &oelig;uvres et la connaissance v&eacute;ritable, l&rsquo;humaniste n&rsquo;avait qu&rsquo;un souci : relier les hommes en &eacute;tablissant un &laquo; pont d&rsquo;&oelig;uvres et d&rsquo;images &raquo; entre les si&egrave;cles, les peuples et les cultures. Parce que chacun est n&eacute;cessaire &agrave; l&rsquo;autre, il importe que, partout o&ugrave; nous nous trouvions, nous participions &agrave; la transmission d&rsquo;un h&eacute;ritage sans cesse enrichi. </font></p><p align="left"><font color="#0000ff">Ce livre s&rsquo;inscrit dans le droit fil de cette certitude &agrave; la fois simple et admirable. Il se veut avant tout passage de t&eacute;moin &agrave; l&rsquo;aube d&rsquo;un nouveau si&egrave;cle qui est aussi celle d&rsquo;un nouveau mill&eacute;naire. Plus humblement, une g&eacute;n&eacute;ration est invit&eacute;e &agrave; se mettre &agrave; l&rsquo;&eacute;coute d&rsquo;une autre pour passer une bonne partie de ses songes &agrave; la suivante. Des cl&eacute;s sont offertes, des chemins propos&eacute;s, qui ouvrent sur les chemins buissonniers de la vie et de la cr&eacute;ation. Les grands r&ecirc;veurs y trouveront des fontaines &agrave; la mesure de leur soif.&rdquo; </font></p><p align="right"><font color="#0000ff">Guy Rouquet<br /><br /></font></p></em></div><div align="center"><font color="#ff0000">Commander &quot;Max-Pol Fouchet ou le Passeur de r&ecirc;ves&quot; <br /></font><font color="#006600"><font size="+0">LE CASTOR ASTRAL</font> <br /></font><font color="#0000ff">EN COLLABORATION AVEC L&rsquo;ATELIER IMAGINAIRE <br />ET L&rsquo;ASSOCIATION DES AMIS DE MAX-POL FOUCHET</font></div><div align="center">&nbsp;</div></em></div></div></div></div></div></font></font></strong></font></strong></font></td></tr></table>

<div><br /></div><p align="center">&nbsp;</p><p align="center"><strong><font color="#ff3300" size="4" face="times new roman,times,serif">MAX-POL FOUCHET, BOUCHE D&rsquo;OR</font></strong></p><p align="center"><strong><font color="#ff3300" size="3" face="times new roman,times,serif">par Charles DOBZYNSKI *</font></strong></p>

<div><br /></div><p><font color="#0000ff" size="3" face="times new roman,times,serif">Il n&rsquo;est pas fatal d&rsquo;&ecirc;tre Jean Chrysostome pour avoir une Bouche d&rsquo;Or. Max-Pol Fouchet en fut gratifi&eacute; par la bonne f&eacute;e des ondes, non seulement parce qu&rsquo;il &eacute;tait po&egrave;te mais parce qu&rsquo;il sut donner &agrave; sa parole en po&eacute;sie un style qui lui permit de rayonner au-del&agrave; du livre et de captiver l&rsquo;oreille volage et le regard zappeur. Max-Pol Fouchet fut l&rsquo;orateur inventif &ndash; car il lui fallut inventer le mod&egrave;le de cette oralit&eacute; &ndash; de cette nouvelle religion en quoi tr&egrave;s vite s&rsquo;est mu&eacute;e la communication audiovisuelle. Pour sa part, d&eacute;jouant le pi&egrave;ge, il en fut l&rsquo;ath&eacute;e, bien qu&rsquo;il f&ucirc;t dou&eacute; d&rsquo;un exceptionnel charisme. Si son discours comportait n&eacute;cessairement une p&eacute;dagogie, il ne c&eacute;da jamais &agrave; la tentation du chamanisme. S&rsquo;il exer&ccedil;ait une sorte d&rsquo;envo&ucirc;tement, ce n&rsquo;&eacute;tait nullement pour imposer ou accr&eacute;diter des id&eacute;es &agrave; recevoir, des id&eacute;es toutes cuites, mais au contraire pour offrir &agrave; chacun &ndash; lui qui &eacute;tait si aveugle devant son auditoire &ndash; la possibilit&eacute; de se faire soi-m&ecirc;me une id&eacute;e sur le sujet choisi, d&eacute;taill&eacute;, approfondi et radiographi&eacute; par le rayon X de la po&eacute;sie. Gr&acirc;ce &agrave; Max-Pol Fouchet, Bouche d&rsquo;Or et &OElig;il d&rsquo;Or de nos nouvelles perceptions, la po&eacute;sie a conquis les m&eacute;dias en leur &acirc;ge le plus disponible &agrave; ses prestiges, non point par ruse ou facilit&eacute; d&eacute;magogique, mais par le seul canal qui soit vraiment un PLUS: celui de l&rsquo;intelligence et de la v&eacute;rit&eacute; consid&eacute;r&eacute;e comme une qu&ecirc;te permanente.<br /><br /></font></p><p align="center"><strong><font color="#ff0000" size="3" face="times new roman,times,serif">L&rsquo;art inimitable du pilote<br /><br /></font></strong></p><p><font color="#0000ff" size="3" face="times new roman,times,serif">On a du mal &agrave; r&eacute;aliser que plus de vingt ans se sont &eacute;coul&eacute;s depuis le d&eacute;part, en 1980, de cet inlassable navigateur de l&rsquo;inexplor&eacute; pour le plus long de ses voyages. Il suffit de sillonner de jour en jour la petite lucarne et de constater ce qui subsiste de ses anciennes ambitions, pour &eacute;valuer ce qui nous manque, non pas uniquement ses yeux, son sourire, son visage, l&rsquo;empathie ou le charme qui en &eacute;manait, mais cet art inimitable du pilote qui nous guidait dans l&rsquo;archipel des livres, des peintures, des sculptures, des civilisations disparues, et qui nous permettait d&rsquo;en scruter les secrets et d&rsquo;en aimer les figures et les symboles. Il est difficile de cerner tout ce dont nous sommes redevables &agrave; cet homme-orchestre, &agrave; ce po&egrave;te polyphonique, mais tenter l&rsquo;inventaire, c&rsquo;est peut-&ecirc;tre retrouver au moins quelques parcelles des enchantements que nous prodigua ce Merlin dans la Broc&eacute;liande des mots et des images. Honorer le po&egrave;te? Le terme soul&egrave;ve des r&eacute;ticences. Il existe plusieurs voies d&rsquo;approche d&rsquo;un po&egrave;te, la meilleure &agrave; mes yeux est celle qui exclut le p&eacute;dantisme et les couronnes artificielles sous lesquelles on ensevelit un d&eacute;funt qui ne prisait gu&egrave;re les rh&eacute;toriques officielles. Pour retrouver l&rsquo;homme de l&rsquo;image, de la parole et de l&rsquo;&eacute;crit que fut Max-Pol Fouchet, il fallait revenir &agrave; ces sources-l&agrave;, o&ugrave; seul demeure le secret de nos connivences avec l&rsquo;&eacute;l&eacute;mentaire et l&rsquo;essentiel. Rendre pr&eacute;sence &agrave; ce po&egrave;te doublement fant&ocirc;me &ndash; car son image sur l&rsquo;&eacute;cran ne fut-elle pas forc&eacute;ment celle d&rsquo;un double et le son de sa voix retransmise un autre d&eacute;doublement? &ndash; supposait une travers&eacute;e des apparences et en premier lieu un partage des amiti&eacute;s et des complicit&eacute;s. Une fois enracin&eacute;es, les affinit&eacute;s &eacute;lectives r&eacute;sistent &agrave; l&rsquo;&eacute;rosion.<br /><br /></font></p><p align="center"><strong><font color="#ff0000" size="3" face="times new roman,times,serif">Un livre rendez-vous<br /><br /></font></strong></p><p><font color="#0000ff" size="3" face="times new roman,times,serif">Avec &quot;Max-Pol Fouchet ou le Passeur de r&ecirc;ves&quot;, Guy Rouquet, son ordonnateur, a compos&eacute; un livre hors-s&eacute;rie, ni floril&egrave;ge ne simple herbier d&rsquo;hommages. Un livre rendez-vous o&ugrave; Max-Pol Fouchet se multiplie par ses textes choisis &ndash; po&egrave;mes, essais ou articles &ndash; ses photos, qui ponctuent les chapitres et ses amis qui leur donnent substance tr&egrave;s personnelle. Passeur de r&ecirc;ves: beau titre embl&eacute;matique pour ce rendez-vous o&ugrave; se c&ocirc;toient po&egrave;tes, romanciers, peintres, &eacute;diteurs, cin&eacute;astes, ceux qui ont aim&eacute; Max-Pol Fouchet, l&rsquo;esprit et l&rsquo;&eacute;crit, et nous disent ici pourquoi. Ils sont une trentaine &agrave; former ce sommaire impressionnant, que je ne vais pas enti&egrave;rement &eacute;num&eacute;rer, mais qui comporte, outre le pr&eacute;facier Guy Rouquet, Marie-Claire Bancquart, Yves Berger, Rachid Boudjedra, Jules Roy (un &eacute;crit de juste avant sa mort), Jacques Chancel (dont se trouve publi&eacute;e la magnifique &laquo;radioscopie&raquo; du po&egrave;te, dat&eacute;e de 1979), Edmond Charlot, l&rsquo;&eacute;diteur alg&eacute;rois, compagnon de Fontaine, Andr&eacute;e Chedid, G.E. Clancier, Julien Gracq, Jos&eacute; Artur et Hubert Nyssen, etc. Bon, n&rsquo;en ai trop dit. Mais ce qui compte est le principe original qui pr&eacute;side &agrave; ce rassemblement. Puisque le po&egrave;te est celui qui inspire, selon Paul Eluard, Max-Pol Fouchet se devrait d&rsquo;&ecirc;tre ici l&rsquo;inspirateur. Les textes s&rsquo;agencent donc comme des miroirs, &agrave; partir des photographies prises par Max-Pol Fouchet ou qui le repr&eacute;sentent, portraits en noir et blanc, &agrave; tel ou tel moment de parcours. L&rsquo;id&eacute;e est heureuse: Max-Pol Fouchet presque constamment muni d&rsquo;un objectif, photo ou cam&eacute;ra, n&rsquo;avait pas son pareil pour assouvir sa passion de la vie par la saisie imm&eacute;diate de ses manifestations parfois les plus insolites, fragment de paysage, objet d&rsquo;art, ou fragment d&rsquo;&ecirc;tre humain, comme d&eacute;tach&eacute; d&rsquo;une &eacute;chelle d&rsquo;&eacute;ternit&eacute;.<br /><br /></font></p><p align="center"><strong><font color="#ff0000" size="3" face="times new roman,times,serif">&laquo; Nous ne sommes pas vaincus! &raquo;<br /><br /></font></strong></p><p><font color="#0000ff" size="3" face="times new roman,times,serif">Les images se font ainsi &eacute;veilleuses du souvenir, instruments d&rsquo;une passation des pouvoirs entre la r&eacute;alit&eacute; et le r&ecirc;ve. Max-Pol Fouchet a publi&eacute; moins de livres de po&eacute;sie que de romans ou d&rsquo;&eacute;tudes sur l&rsquo;art. Mais cette raret&eacute; est le signe d&rsquo;une extr&ecirc;me condensation: son &eacute;criture elliptique s&rsquo;est astreinte de plus en plus au d&eacute;pouillement. Mais d&egrave;s 1939, avec La prise de Barcelone (reprise dans Demeure le secret, il pr&eacute;figure la po&eacute;sie de la r&eacute;sistance intellectuelle &agrave; laquelle il ouvrit carr&eacute;ment le chemin avec son &eacute;ditorial fameux du premier num&eacute;ro de Fontaine: &laquo;Nous ne sommes pas vaincus!&raquo; lequel provoqua la saisie de la revue. On aime &agrave; relire ce morceau d&rsquo;anthologie et d&rsquo;histoire, et &laquo;La po&eacute;sie comme exercice spirituel&raquo;, pr&eacute;ambule &agrave; un autre num&eacute;ro m&eacute;morable de Fontaine, sans parler des extraits de Fontaines de mes jours, o&ugrave; sont parsem&eacute;s les &eacute;l&eacute;ments d&rsquo;un art po&eacute;tique et d&rsquo;un art de vivre, auxquels on ne cessera de se r&eacute;f&eacute;rer parmi les conceptions les plus enrichissantes et les plus dynamiques d&rsquo;une po&eacute;sie &laquo;&agrave; hauteur de conscience.&raquo; Il est certain que son investissement dans les m&eacute;dias, qui lui valut une notori&eacute;t&eacute; sans proportion avec sa po&eacute;sie &eacute;crite proprement dite, l&rsquo;emp&ecirc;cha de consacrer &agrave; celle-ci tout le temps qu&rsquo;il aurait voulu. Mais cette influence m&eacute;diatique b&eacute;n&eacute;ficia principalement &agrave; ce qu&rsquo;il y a de plus authentique dans la litt&eacute;rature et les arts: il suffit pour en mesurer l&rsquo;impact de se souvenir de Lectures pour tous, Italiques et Terres des arts qui n&rsquo;ont aujourd&rsquo;hui aucun &eacute;quivalent. C&rsquo;&eacute;tait &agrave; la t&eacute;l&eacute;vision la naissance d&rsquo;un genre et d&rsquo;un style nouveaux. Pierre Dumayet, initiateur avec Pierre Desgraupes de l&rsquo;exemplaire &eacute;mission Lectures pour tous &ndash; et de Dumayet on peut actuellement lire Autobiographie d&rsquo;un lecteur &ndash; en &eacute;voque les d&eacute;buts, l&rsquo;allure de mousquetaire du po&egrave;te, sous ses chapeaux &laquo;larges, noirs et soyeux&raquo;. Au-del&agrave; de l&rsquo;anecdote et du d&eacute;tail vestimentaire, il d&eacute;finit son sens de l&rsquo;image: &laquo;J&rsquo;ai devant moi quelques photos prises par lui, chacune d&rsquo;elles forme un tout. Ses cadrages expriment un choix. C&rsquo;est tant&ocirc;t une personne, tant&ocirc;t un lieu. C&rsquo;est rarement une personne dans son paysage. Les paysages n&rsquo;ont besoin de personne. Une personne n&rsquo;appartient pas &agrave; son paysage. Nous approchons du mot Libert&eacute;. Max-Pol, po&egrave;te, ne cesse de r&eacute;clamer la libert&eacute; pou les gens, pour les mots et m&ecirc;me pour les choses. Il &eacute;tait l&rsquo;ami des objets qu&rsquo;il avait chez lui. L&rsquo;id&eacute;e de propri&eacute;t&eacute; lui &eacute;tait &eacute;trang&egrave;re. Il &eacute;tait libre.&raquo;<br /><br /></font></p><p align="center"><strong><font color="#ff0000" size="3" face="times new roman,times,serif">Po&egrave;te &agrave; toute heure<br /><br /></font></strong></p><font size="3"><font face="times new roman,times,serif"><font color="#0000ff">On comprend d&egrave;s lors comment la succession des images, et celles des textes en contrepoint, contribuent &agrave; mettre en relief la personnalit&eacute; multiple du voyageur, journaliste, ethnologue, &eacute;prit d&rsquo;art am&eacute;rindien ou africain. Voyageur de reconnaissance &ndash; c&rsquo;est-&agrave;-dire &eacute;claireur &ndash; et de connaissance: tout le contraire d&rsquo;un touriste ou d&rsquo;un dilettante, et po&egrave;te non pas &laquo;&agrave; ses heures&raquo;, mais &agrave; toute heure et &agrave; toute allure. C&rsquo;est ainsi que se constitue une mosa&iuml;que d&rsquo;impressions, de rapprochements, d&rsquo;&eacute;clairages improvis&eacute;s sur tel ou tel aspect de l&rsquo;&oelig;uvre. Celui-ci, par exemple, de Guy Rouquet: &laquo;Pour le po&egrave;te qui pratique sa discipline &laquo;&agrave; hauteur de conscience&raquo; il n&rsquo;est point de fronti&egrave;re ni de sp&eacute;cialisation. Le mouvement de la vie est partout. Il fait tourbillonner les galaxies comme frissonner le brin d&rsquo;herbe. Etre &laquo;mari&eacute; &agrave; la po&eacute;sie&raquo;, c&rsquo;est vivre avec cette v&eacute;rit&eacute; premi&egrave;re qui demeure en soi comme un passager clandestin, activant l&rsquo;&acirc;me, soufflant sur les braises enfouies qui d&eacute;j&agrave; l&rsquo;&eacute;clairent et la guident alors qu&rsquo;elle se croit prisonni&egrave;re des t&eacute;n&egrave;bres. Le po&egrave;te ne fait jamais que reconna&icirc;tre un immense territoire, celui des &eacute;vidences secr&egrave;tes. Chemin faisant, il fait le tour de l&rsquo;homme.&raquo; Mais faire le tour du po&egrave;te? Rien n&rsquo;est plus malais&eacute;. Alchimie du limpide et de l&rsquo;opaque. Complexit&eacute; perp&eacute;tuellement mobile. Car pourtant, il tourne, sur l&rsquo;orbite de sa plan&egrave;te int&eacute;rieure&hellip; Marie-Claire Bancquart a r&eacute;fl&eacute;chi (et sans doute s&rsquo;est r&eacute;fl&eacute;chie) devant une photo du po&egrave;te, le front pench&eacute; sur un arbre des bords de la Seine. Elle &eacute;crit: &laquo;L&rsquo;arbre/habite en lui. Habiterai-je en moi?/&hellip;/ Quand je serai une m&eacute;moire/ fragilement fix&eacute;e sur une ancienne photographie.&raquo; Ainsi, comme chez Claudel, l&rsquo;&oelig;il &eacute;coute, pressent ou devine. Le regard s&rsquo;extrait du regard et l&rsquo;image aimante les mots. Prenons cette r&eacute;flexion de Jean Lacouture: &laquo;En mati&egrave;re d&rsquo;images, c&rsquo;est aux diverses formes de l&rsquo;am&eacute;rindien que j&rsquo;associerai le plus volontiers le maniement virtuose par lui, de la lanterne magique: qu&rsquo;il parle bien des temples maya, de la mort azt&egrave;que et des sentiers sculpt&eacute;s du Guatemala.&raquo; Certes, Max-Pol Fouchet n&rsquo;a cess&eacute; de nous &laquo;donner &agrave; voir&raquo; de l&rsquo;inconnu, du non expliqu&eacute;, de l&rsquo;ind&eacute;chiffr&eacute;. Et ce qui est mis &agrave; port&eacute;e de la vue, est aussi mis &agrave; port&eacute;e de l&rsquo;esprit investigateur. On comprend mieux le rapport de Max-Pol Fouchet et du monde quand on d&eacute;couvre son cr&eacute;do &laquo;La po&eacute;sie est un moyen de conna&icirc;tre l&rsquo;homme.&raquo; Et c&rsquo;est peut-&ecirc;tre en cela que r&eacute;side le lumineux noyau de sa pens&eacute;e. </font><font color="#0000ff"><strong>C.D.<br /><br /><br /></strong>* in <em>Aujourd&rsquo;hui Po&egrave;me</em>, n&deg; 18, f&eacute;vrier 2001.</font></font></font>

<p align="center"><strong><font color="#ff0000" size="3" face="times new roman,times,serif"><br />&laquo; La po&eacute;sie est un moyen de conna&icirc;tre l&rsquo;homme &raquo; *<br /><br /></font></strong></p><p><font color="#0000ff" size="3" face="times new roman,times,serif">&laquo;Je vais te dire pourquoi je souhaiterais la po&eacute;sie omnipr&eacute;sente, et pourquoi elle peut &ecirc;tre le moyen de conna&icirc;tre l&rsquo;homme. Qu&rsquo;elle r&eacute;sulte d&rsquo;une volont&eacute; d&rsquo;atteindre l&rsquo;int&eacute;rieur, ou qu&rsquo;elle y soit situ&eacute;e d&egrave;s le d&eacute;part, elle est un abandon des structures superficielles &ndash; autrement dit des mensonges, des fausses apparences, des simulacres. L&rsquo;exercice de la po&eacute;sie tend &agrave; nous faire rejoindre une part intacte de nous-m&ecirc;mes. Elle nous repeuple d&rsquo;images pures, et elle &eacute;tablit des liens inattendus entre des r&eacute;alit&eacute;s lointaines ou oppos&eacute;es, mais d&rsquo;abord, elle nous d&eacute;nude, nous permet de voir ou d&rsquo;entrevoir l&rsquo;essentiel, sur quoi se fonde la vie. C&rsquo;est l&agrave; un processus que je dirais &laquo;r&eacute;volutionnaire&raquo;, dans la mesure o&ugrave; il d&eacute;truit les privil&egrave;ges pris par les faux-semblants, o&ugrave; il brise les usurpations des fausses richesses. Pour moi, la po&eacute;sie sous sa forme la plus haute est r&eacute;volution et r&eacute;v&eacute;lation.&raquo;<br /><br /></font></p><p align="center"><strong><font color="#ff0000" size="3" face="times new roman,times,serif">&laquo; La po&eacute;sie et le po&eacute;tique &raquo; *<br /><br /></font></strong></p><p><font color="#0000ff" size="3" face="times new roman,times,serif">&laquo;Entre la po&eacute;sie et le po&eacute;tique, il y a une diff&eacute;rence fondamentale. La po&eacute;sie est un absolu le po&eacute;tique, un relatif, et souvent une garniture, un ameublement. Je ne prononce pas un jugement de valeur. L&rsquo;absolu ne nous vaut pas toujours des r&eacute;ussites, que le relatif nous ouvre souvent! Il ne faut jamais oublier la gr&acirc;ce! Elle sauve tout. Vois Apollinaire. Certains de ses vers sont de lieux communs, qu&rsquo;on ne tol&eacute;rerait pas chez d&rsquo;autres. Or, non seulement on les lui pardonne, mais encore ils nous enchantent. Parce qu&rsquo;il y a le ton inimitable de Guillaume, sa voix, sa musique de mal-aim&eacute; qui ne se gu&eacute;rit pas de la fuite des amours, qui se confond avec la fuite irr&eacute;m&eacute;diable des jours. L&rsquo;amour enfui est du temps enfui, comme un mort est aussi du temps qui dispara&icirc;t et que l&rsquo;on ne retrouvera plus, et parce que la peau de chagrin se r&eacute;tr&eacute;cit sans cesse&hellip; Il le dit, sans rien nous apprendre, mais avec une telle voix de pauvre enfant de la terre que c&rsquo;est comme si nous l&rsquo;entendions pour la premi&egrave;re fois. Tu vois, la po&eacute;sie ne supporte pas le manich&eacute;isme. Il n&rsquo;y a pas la grande et la petite. La bonne et la m&eacute;diocre. Ce serait trop simple. Je pr&eacute;f&egrave;re la po&eacute;sie de connaissance, la d&eacute;couvreuse d&rsquo;Am&eacute;riques en nous, l&rsquo;&eacute;claireuse de notre nuit, celle de la p&ecirc;che hauturi&egrave;re, de la pleine mer comme des fonds obscurs, o&ugrave; vivent des cr&eacute;atures dont les antennes remplacent les yeux devenus inutiles dans l&rsquo;obscurit&eacute; et des plantes &eacute;bouriff&eacute;es qui semblent appartenir au r&egrave;gne animal&hellip; Oui, je pr&eacute;f&egrave;re cette po&eacute;sie, mais l&rsquo;autre, je ne la m&eacute;prise d&rsquo;aucune fa&ccedil;on, je l&rsquo;aime aussi d&rsquo;un amour diff&eacute;rent, comme je pr&eacute;f&egrave;re Giotto ou Rembrandt, sans fermer les yeux devant Sassetta ou Fra Angelico, au contraire!</font></p><p><font color="#0000ff" size="3" face="times new roman,times,serif">* In <em>Fontaine de mes jours</em> (Stock, 1979)</font></p>

<p align="center"><strong><font color="#ff0000" size="4" face="times new roman,times,serif"><br /><br />ENTRETIEN AVEC MAX-POL FOUCHET<br /><font size="3"><br />Octobre 1977</font></font></strong></p>

<font size="3" face="times new roman,times,serif"><font color="#0000ff"><br />En notre fin de si&egrave;cle, nous pensions que la po&eacute;sie battait de l&rsquo;aile comme la pauvre mouette englu&eacute;e de l&rsquo;or noir des p&eacute;troliers. L&rsquo;un de ses plus fervents d&eacute;fenseurs, le po&egrave;te Max-Pol Fouchet, nous a heureusement d&eacute;tromp&eacute;s&nbsp;: la po&eacute;sie est et demeure partout pour qui veut la voir, l&rsquo;entendre ou l&rsquo;&eacute;crire. Le nombre de ses fid&egrave;les reste constant&hellip; Et c&rsquo;est bien en faisant connaissance avec le po&egrave;te, en l&rsquo;&eacute;coutant parler, que l&rsquo;on comprend mieux cette muse, que l&rsquo;on apprend &agrave; mieux l&rsquo;aimer.<br /></font><strong><br />Fran&ccedil;oise VERGNAUD.</strong> <strong>Aujourd&rsquo;hui, quel est le sort de la po&eacute;sie&nbsp;?</strong><br /><font color="#0000ff">Max-Pol FOUCHET. J&rsquo;ai l&rsquo;impression qu&rsquo;il ne faut pas dire &laquo;&nbsp;aujourd&rsquo;hui&nbsp;&raquo;. En France, la po&eacute;sie a toujours &eacute;t&eacute; r&eacute;serv&eacute;e &agrave; quelques-uns, sauf &agrave; de tr&egrave;s rares &eacute;poques o&ugrave; il y a eu rencontre entre elle et un tr&egrave;s large public. Baudelaire, au si&egrave;cle dernier, se plaignait de ce pays qui est pour lui antipo&eacute;tique et qui n&rsquo;aime pas la po&eacute;sie&nbsp;!</font><br /><strong><br />F. V.</strong> <strong>D&rsquo;o&ugrave; nous vient ce blocage&nbsp;?</strong><br /><font color="#0000ff">M-P F. D&rsquo;un fait pr&eacute;cis, qui est celui de la langue fran&ccedil;aise&hellip; Langue admirable mais, avant tout, tourn&eacute;e vers la clart&eacute;, la pr&eacute;cision, la d&eacute;finition. Le mot fran&ccedil;ais est comme serti en lui-m&ecirc;me. Il ne r&eacute;pand pas autour de lui de zones d&rsquo;ombre. Il est pour la logique, pour le raisonnement. De ce fait, la langue fran&ccedil;aise oppose &agrave; la po&eacute;sie une sorte de r&eacute;sistance&hellip; Parce que le po&egrave;te, le vrai, le grand, descend en lui-m&ecirc;me, cherche la r&eacute;solution d&rsquo;une &eacute;nigme, son &eacute;nigme, le myst&egrave;re de l&rsquo;homme. Il se met dans les zones t&eacute;n&eacute;breuses de l&rsquo;inconscience. Quand, de retour de son voyage int&eacute;rieur, il veut exprimer ce qui lui est apparu, il se heurte aux difficult&eacute;s du langage&hellip;</font><br /><strong><br />F. V.</strong> <strong>Voulez-vous dire qu&rsquo;il se heurte &agrave; la logique, &agrave; la clart&eacute; des mots&nbsp;?</strong><br /><font color="#0000ff">M-P F. Oui&hellip; il voudrait bien garder le myst&egrave;re entrevu, les ombres, la p&eacute;nombre et il doit les exprimer avec une langue tr&egrave;s claire. Il y a une sorte de contradiction interne entre la langue fran&ccedil;aise et la po&eacute;sie fran&ccedil;aise.</font><br /><strong><br />F. V.</strong> </font><font face="times new roman,times,serif"><font size="3"><strong>Comment le po&egrave;te r&eacute;sout-il ce probl&egrave;me&nbsp;?<br /></strong><font color="#0000ff">M-P F. A travers les si&egrave;cles, les po&egrave;tes l&rsquo;ont r&eacute;solu de deux fa&ccedil;ons. G&ecirc;n&eacute;s par la langue de tous les jours, la langue claire, compr&eacute;hensible, ils cr&eacute;ent une langue &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur de celle-l&agrave;&hellip; Voici pour la premi&egrave;re solution&hellip; Elle appara&icirc;t d&eacute;j&agrave; au Moyen-&acirc;ge avec le &laquo;&nbsp;claus trobar&nbsp;&raquo; des troubadours et des trouv&egrave;res, c&rsquo;est-&agrave;-dire, le &laquo;&nbsp;parle clos&nbsp;&raquo; compris d&rsquo;eux seuls et des cours seigneuriales tr&egrave;s &eacute;duqu&eacute;es. M&ecirc;me cr&eacute;ation du langage pendant la pl&eacute;iade&hellip; Voyez-vous, par la contorsion linguistique ou grammaticale, le po&egrave;te parvient &agrave; cr&eacute;er cette obscurit&eacute; dont nous parlions.</font><br /><br /><strong>F. V.</strong> <strong>Donnez-vous un exemple de ce langage po&eacute;tique cach&eacute; &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur de notre langue&nbsp;?</strong><br /><font color="#0000ff">M-P F. G&eacute;rard de Nerval dans un de ses plus beaux po&egrave;mes &laquo;&nbsp;El Desdichado&nbsp;&raquo; adopte la langue des alchimistes. Il les a beaucoup &eacute;tudi&eacute;s&hellip; Alors, bien s&ucirc;r, on peut se borner &agrave; la musique des vers, d&eacute;couvrir dans le premier quatrain je ne sais quelle confidence d&rsquo;amoureux&hellip; &laquo;&nbsp;Je suis le T&eacute;n&eacute;breux, le Veuf, l&rsquo;Inconsol&eacute;&hellip; Le prince d&rsquo;Aquitaine &agrave; la tour abolie&nbsp;&raquo;, etc&hellip; En fait, il s&rsquo;agit d&rsquo;un langage d&rsquo;alchimie pur&nbsp;: le t&eacute;n&eacute;breux, le veuf, l&rsquo;inconsol&eacute;, c&rsquo;est le plomb qui est malade et qui, autrefois, avant la maladie des m&eacute;taux, &eacute;tait or. Le prince d&rsquo;Aquitaine, eh bien, c&rsquo;est parce qu&rsquo;&agrave; cette &eacute;poque, on trouvait le plomb en Aquitaine. Et je peux, ainsi, vous d&eacute;crypter tout le po&egrave;me&hellip;</font><br /><br /><strong>F. V.</strong> <strong>Pourtant d&rsquo;autres po&egrave;tes, parmi les plus grands, n&rsquo;ont pas toujours employ&eacute; le langage, presque cod&eacute;, qui contribue &agrave; les s&eacute;parer davantage du peuple. Ceux-l&agrave;, au contraire, n&rsquo;ont-ils pas cherch&eacute; &agrave; se faire entendre de tout le monde&nbsp;?</strong><br /><font color="#0000ff">M-P F. Alors, nous arrivons &agrave; la seconde solution qui est d&rsquo;adopter quasiment le langage de la rue. Villon, c&rsquo;est vrai, est le contraire du &laquo;&nbsp;Claus trobar&nbsp;&raquo; des trouv&egrave;res. Au si&egrave;cle suivant, Malherbe demande que &laquo;&nbsp;l&rsquo;on parle comme les crocheteurs du Port au Foin&nbsp;&raquo;, les dockers de l&rsquo;&eacute;poque. Br&ucirc;lons les &eacute;tapes&nbsp;: au 19</font><sup>e</sup><font color="#0000ff">, Hugo dit qu&rsquo;il &laquo;&nbsp;faut mettre un bonnet rouge aux mots du dictionnaire.&nbsp;&raquo;&nbsp;! De nos jours, il y a Pr&eacute;vert&hellip; Eluard et Aragon aussi. Mais, le po&egrave;te fran&ccedil;ais recherche toujours un langage qui convient &agrave; l&rsquo;expression po&eacute;tique, c&rsquo;est-&agrave;-dire qui garde le maximum de myst&egrave;re. Et celui qui construit une langue &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur de celle de la rue peut encore se couper des gens&nbsp;: &laquo;&nbsp;C&rsquo;est trop difficile, disent-ils, je ne comprends pas&nbsp;!&nbsp;&raquo; La raison de ce divorce entre une large partie de la nation fran&ccedil;aise et de ses po&egrave;tes vient de la langue employ&eacute;e par les po&egrave;tes&nbsp;: que faire contre cela&nbsp;? Car, tout de m&ecirc;me, de l&rsquo;une ou de l&rsquo;autre fa&ccedil;on, ceux qui ont cr&eacute;&eacute; un langage &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur du langage sont parmi les plus grands&nbsp;!</font><br /><strong><br />F. V.</strong> <strong>Donc, m&ecirc;me pour aborder une po&eacute;sie relativement claire, le lecteur doit faire un petit effort d&rsquo;attention pour s&rsquo;ouvrir, peu &agrave; peu, au myst&egrave;re du po&egrave;me&nbsp;? Mais qui fait cet effort&nbsp;?</strong><br /><font color="#0000ff">M-P F. Evidemment une minorit&eacute;. Le po&egrave;te n&rsquo;est pas politicien, ni chanteur de charme. Mais je ne suis pas pessimiste et je ne pense pas qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui la po&eacute;sie soit moins lue, moins &eacute;cout&eacute;e que dans les autres si&egrave;cles.</font><br /><strong><br />F. V.</strong> <strong>Pensez-vous qu&rsquo;il y a autant de po&egrave;tes du dimanche qu&rsquo;autrefois ou qu&rsquo;une &eacute;mission de po&eacute;sie diffus&eacute;e &agrave; la radio ou &agrave; la t&eacute;l&eacute; soit aussi &eacute;cout&eacute;e ou regard&eacute;e qu&rsquo;une &eacute;mission de vari&eacute;t&eacute;s&nbsp;?</strong><br /><font color="#0000ff">M-P F. Il ne se passe pas une semaine sans que je re&ccedil;oive, pour le moins, trois ou quatre manuscrits de po&eacute;sie. Bonne ou mauvaise, le probl&egrave;me n&rsquo;est pas l&agrave;&nbsp;! Ces manuscrits viennent de partout. J&rsquo;ai sans cesse la preuve que l&rsquo;on peut conduire les gens vers la po&eacute;sie et je vous parle en homme qui, non seulement est po&egrave;te, mais qui a lutt&eacute; et lutte pour la po&eacute;sie&nbsp;! J&rsquo;ai des exemples bouleversants qui montrent que les mass m&eacute;dia peuvent amener les gens &agrave; la po&eacute;sie comme &agrave; toutes les expressions de l&rsquo;art&nbsp;! Apr&egrave;s 1968, RTL m&rsquo;avait demand&eacute; de faire, tous les jours, une &eacute;mission d&rsquo;une heure qui serait un peu le journal d&rsquo;un po&egrave;te et &eacute;crivain passionn&eacute; de musique, &eacute;galement amateur de la tr&egrave;s bonne chanson. L&rsquo;&eacute;mission passait entre 20h30 et 21h30 &ndash; au moment o&ugrave; la t&eacute;l&eacute;vision attire le plus de spectateurs&nbsp;: eh bien, les r&eacute;sultats ont &eacute;t&eacute; fantastiques&nbsp;! Une publicit&eacute; disait m&ecirc;me&nbsp;: &laquo;&nbsp;la seule &eacute;mission qui fasse concurrence &agrave; la t&eacute;l&eacute;vision&nbsp;!&nbsp;&raquo;. La po&eacute;sie, voyez-vous, c&rsquo;est la vie. Ce n&rsquo;est pas seulement un texte. Elle d&eacute;passe le po&egrave;me, c&rsquo;est un sentiment devant tout ce qui existe. Dommage qu&rsquo;il y ait &agrave; la t&eacute;l&eacute;vision &ndash; elle peut &ecirc;tre ex&eacute;crable comme, parfois, merveilleuse &ndash; une sorte de ghetto horaire pour les &eacute;missions culturelles. Sinon, je vous certifie que les gens y seraient plus sensibles et sensibilis&eacute;s&nbsp;!</font><br /><strong><br />F. V.</strong> <strong>Tout &agrave; l&rsquo;heure, vous disiez qu&rsquo;&agrave; de tr&egrave;s rares &eacute;poques, il y a eu fusion spontan&eacute;e entre la po&eacute;sie et une tr&egrave;s large partie de la nation. Pourquoi et quelles sont ces &eacute;poques&nbsp;?</strong><br /><font color="#0000ff">M-P F. Pourquoi&nbsp;? Parce que la po&eacute;sie peut devenir une arme. Un sonnet de Mallarm&eacute; ne joue pas, &eacute;videmment, le m&ecirc;me r&ocirc;le&nbsp;! Mais il faut les deux po&eacute;sies, dont celle plus accessible &agrave; tous, qui soit une po&eacute;sie de combat, d&rsquo;amour, de r&eacute;volte. Et cette po&eacute;sie-l&agrave; conduira le lecteur &agrave; la plus secr&egrave;te&hellip; J&rsquo;aime et j&rsquo;admire la po&eacute;sie de Pr&eacute;vert&nbsp;: ses po&egrave;mes sont toujours des best-sellers&nbsp;! Pourquoi&nbsp;? Parce qu&rsquo;il exprime la r&eacute;volte et des choses de ce genre. On l&rsquo;ach&egrave;te d&rsquo;abord pour cela et peut &ecirc;tre moins parce qu&rsquo;il s&rsquo;agit de po&eacute;sie.</font><br /><strong><br />F. V.</strong> <strong>Ainsi, de l&rsquo;engagement du po&egrave;te, lors d&rsquo;&eacute;v&eacute;nements sociaux ou historiques, peut na&icirc;tre cette &eacute;tonnante adh&eacute;sion du public &agrave; la po&eacute;sie&nbsp;?</strong><br /><font color="#0000ff">M-P F. J&rsquo;ai v&eacute;cu une de ces p&eacute;riodes, pendant l&rsquo;occupation. Je dirigeais la revue &laquo;&nbsp;Fontaine&nbsp;&raquo;. Elle a &eacute;t&eacute; la plus grande revue fran&ccedil;aise de po&eacute;sie durant onze ans. Sous l&rsquo;occupation, elle tirait &agrave; plus de 10.000 exemplaires. Elle aurait tir&eacute; bien plus si l&rsquo;on avait eu du papier&hellip; denr&eacute;e rare &agrave; l&rsquo;&eacute;poque&nbsp;! Apr&egrave;s la Lib&eacute;ration, elle a tir&eacute; jusqu&rsquo;&agrave; 18.000 exemplaires&nbsp;! Aujourd&rsquo;hui une revue de po&eacute;sie ne d&eacute;passe pas les 10.000 si, toutefois, elle parvient &agrave; d&eacute;passer les 5.000&nbsp;! Alors, pourquoi la revue &laquo;&nbsp;Fontaine&nbsp;&raquo; qui n&rsquo;&eacute;tait pas une revue facile&nbsp;? Parce que les po&egrave;tes, gr&acirc;ce &agrave; cette obscurit&eacute; de la po&eacute;sie, pouvaient exprimer des messages contre l&rsquo;occupant&nbsp;!</font><br /><strong><br />F. V.</strong> <strong>Messages que, soudain, les gens faisaient l&rsquo;effort de d&eacute;crypter&nbsp;?</strong><br /><font color="#0000ff">M-P F. Oui&nbsp;! Et ils comprenaient&nbsp;! Ils cherchaient dans le po&egrave;me, j&rsquo;allais dire des mots d&rsquo;ordre ce qui est un peu exag&eacute;r&eacute;, mais enfin des raisons d&rsquo;esp&eacute;rer, de se battre&nbsp;! L&rsquo;anecdote suivante va nous &eacute;clairer&nbsp;: j&rsquo;ai publi&eacute;, en pleine occupation, le po&egrave;me &laquo;&nbsp;Libert&eacute;&nbsp;&raquo; de Paul Eluard. La revue Fontaine paraissait &agrave; Alger o&ugrave; je me trouvais avant de partir pour Londres. Je viens en mission &agrave; Paris. Je vais voir Paul Eluard, mon ami. Il venait d&rsquo;&eacute;crire ce po&egrave;me, il me le montre. Je le lis. &laquo;&nbsp;Sur mon pupitre et sur les arbres, j&rsquo;&eacute;cris ton nom, sur&hellip;&nbsp;&raquo; et vous le savez sans doute, il se termine par &laquo;&nbsp;Je suis n&eacute; pour te conna&icirc;tre, pour te nommer, Libert&eacute;&nbsp;!&nbsp;&raquo;. Je dis &agrave; Eluard&nbsp;: &laquo;&nbsp;Tu viens d&rsquo;&eacute;crire, l&agrave;, le po&egrave;me de la r&eacute;sistance, je vais le publier dans Fontaine&nbsp;!&nbsp;&raquo; Mais, me r&eacute;pond-il, &ccedil;a ne va pas mieux, non&nbsp;? Tu vas te faire coffrer, la revue va &ecirc;tre interdite&nbsp;!&nbsp;&raquo; Je tenais &agrave; risquer le coup&nbsp;: de toutes les fa&ccedil;ons, j&rsquo;&eacute;tais d&eacute;j&agrave; menac&eacute;&hellip; Je pr&eacute;f&egrave;re sauter sur une belle mine, une grosse mine, plut&ocirc;t que de dispara&icirc;tre comme &ccedil;a&hellip; Et je repars &agrave; Alger avec le manuscrit. J&rsquo;arrive, avec tous les textes &agrave; publier, dont celui-l&agrave;, devant un Fran&ccedil;ais, un Allemand, un Italien. J&rsquo;avais bien mont&eacute; mon coup&nbsp;: &agrave; deux heures de l&rsquo;apr&egrave;s-midi, en &eacute;t&eacute;, il fait vraiment tr&egrave;s chaud &agrave; Alger&nbsp;! Le censeur fran&ccedil;ais s&rsquo;effor&ccedil;ait de supporter la chaleur, mais elle avait d&eacute;j&agrave; abruti le censeur allemand. Quant &agrave; l&rsquo;Italien, une sorte de&hellip; dandy, il pr&eacute;f&eacute;rait occuper son temps &agrave; se polir les ongles&nbsp;! Et le censeur fran&ccedil;ais commence &agrave; lire le po&egrave;me&hellip; sur ceci et sur cela, etc. Soudain il s&rsquo;&eacute;crie&nbsp;: &laquo;&nbsp;Vraiment vous les po&egrave;tes, vous vous r&eacute;p&eacute;tez, vous n&rsquo;avez pas beaucoup d&rsquo;imagination&nbsp;! Encore un po&egrave;me d&rsquo;amour d&rsquo;un type qui veut &eacute;crire le nom de sa bien-aim&eacute;e&hellip; C&rsquo;est bien un po&egrave;me d&rsquo;amour, non&nbsp;?&nbsp;&raquo; Je lui r&eacute;ponds que oui&nbsp;: je ne mentais pas&nbsp;! Sans aller, bien entendu, jusqu&rsquo;au bout du po&egrave;me, l&rsquo;air &eacute;c&oelig;ur&eacute;, il appose le tampon de la censure&hellip; Et le po&egrave;me para&icirc;t en &eacute;ditorial et les gens se sont arrach&eacute; la revue&nbsp;! Ensuite les choses ont mal tourn&eacute;. Les num&eacute;ros sont all&eacute;s &agrave; la censure de Vichy. Le ministre de l&rsquo;information, lui, aimait la po&eacute;sie, et il a &eacute;t&eacute; jusqu&rsquo;au bout du po&egrave;me. Il m&rsquo;a fait d&eacute;porter dans le Sud Alg&eacute;rien. Mais le po&egrave;me avait paru. Les gens l&rsquo;avaient lu. Vous voyez bien que la po&eacute;sie sert &agrave; quelque chose, vous comprenez mieux combien elle peut &ecirc;tre importante&nbsp;!</font><br /><strong><br />F. V.</strong> <strong>En des temps plus paisibles, comment le simple amateur de po&eacute;sie doit-il aborder un po&egrave;me dont le sens n&rsquo;est peut-&ecirc;tre pas &eacute;vident&nbsp;?</strong><br /><font color="#0000ff">M-P F. Pourquoi la po&eacute;sie devrait-elle &ecirc;tre comprise tout de suite&nbsp;? C&rsquo;est comme pour la peinture, la musique&nbsp;: il faut l&rsquo;apprendre et, pour cela, entrer dans un ordre de cr&eacute;ation. Le po&egrave;me n&rsquo;est pas toujours &eacute;vident&nbsp;; mais soudain, c&rsquo;est un vers, une phrase fulgurante qui vous clouent&hellip; La po&eacute;sie joue le langage d&rsquo;&eacute;vidences. Vouloir comprendre pourquoi, je crains que cela ne soit une entreprise hasardeuse, vaine et qui, parfois, fiche par terre le po&egrave;me&nbsp;!</font><br /><strong><br />F. V.</strong> <strong>M&ecirc;me pour l&rsquo;amateur sensible et sensibilis&eacute;, la po&eacute;sie de ces dix derni&egrave;res ann&eacute;es peut sembler tr&egrave;s herm&eacute;tique. Qu&rsquo;en pensez-vous&nbsp;?</strong><br /><font color="#0000ff">Oui, c&rsquo;est vrai, elle est difficile. Mais prenez votre temps. Lisez-la sans chercher &agrave; lui donner un sens intelligible. Laissez-vous prendre par l&rsquo;incantation, la magie des mots, du verbe. Peu &agrave; peu, le sens en sortira&hellip; Comme pour un tableau abstrait, quand vous laissez prendre aux couleurs, aux rythmes&nbsp;: apr&egrave;s, c&rsquo;est en soi-m&ecirc;me que na&icirc;t le sens du tableau.</font><br /><strong><br />F. V.</strong> <strong>Existe-t-il une recette pour devenir po&egrave;te&nbsp;?</strong><br /><font color="#0000ff">M-P F. Il n&rsquo;y en a pas. La po&eacute;sie a le pouvoir, elle fait ce qu&rsquo;elle veut. Appelez-l&agrave; &laquo;&nbsp;muse inspiratrice&nbsp;&raquo; si vous y tenez&hellip; Mais elle s&rsquo;appelle l&rsquo;amour, la r&eacute;volte, la haine, la justice&hellip;</font><br /><strong><br />F. V.</strong> </font></font><font face="times new roman,times,serif"><font size="3"><strong>Le po&egrave;te qui sent et per&ccedil;oit tant de choses est-il &eacute;galement dou&eacute; de pr&eacute;science, est-il vraiment m&eacute;dium&nbsp;?<br /></strong><font color="#0000ff">M-P F. Oh, &agrave; qui le dites-vous&nbsp;!... Permettez-moi de vous raconter une histoire tr&egrave;s significative, mais tr&egrave;s grave, qui m&rsquo;est arriv&eacute;e. En 1941, &agrave; Alger, je me mets &agrave; &eacute;crire toute une s&eacute;rie de po&egrave;mes dont le th&egrave;me constant &eacute;tait la mer, l&rsquo;amour et la mort. Ils ont &eacute;t&eacute; publi&eacute;s depuis au &laquo;&nbsp;Mercure de France&nbsp;&raquo; dans le recueil &laquo;&nbsp;Demeure le secret.&nbsp;&raquo; Donc ce th&egrave;me revenait sans cesse, je ne comprenais pas pourquoi, &ccedil;a devenait hallucinant&nbsp;! Et la m&ecirc;me ann&eacute;e, j&rsquo;&eacute;cris encore un po&egrave;me o&ugrave; je d&eacute;cris la mort de celle qui est alors ma femme, Jeanne&hellip; Croyez que je n&rsquo;invente rien&nbsp;! Je l&rsquo;appelle et je lui dis&nbsp;: &laquo;&nbsp;Regarde, regarde ce que je viens d&rsquo;&eacute;crire, ce que tu deviens, mon po&egrave;me te fait mourir dans un naufrage&nbsp;; &laquo;&nbsp; Elle n&rsquo;a pas ri, elle sembla inqui&egrave;te. Un ami qui &eacute;tait l&agrave;, prit au m&ecirc;me moment une photo de nous&hellip; Le visage de Jeanne refl&egrave;te l&rsquo;inqui&eacute;tude, le mien est tourment&eacute;, comme hallucin&eacute;. Nous &eacute;tions en ao&ucirc;t 1941. En janvier 1942, ma femme doit aller &agrave; Paris pour passer son agr&eacute;gation. Elle s&rsquo;embarque sur le bateau &laquo;&nbsp;Le Gouverneur-G&eacute;n&eacute;ral-Lamorici&egrave;re&nbsp;&raquo;. Je l&rsquo;accompagne jusqu&rsquo;au quai. Ce jour-l&agrave;, je me sentais bizarre, ailleurs&hellip; Du quai, je lui fais un dernier signe d&rsquo;adieu. Le bateau commence &agrave; quitter le quai&nbsp;; sur sa poupe, je vois son nom. Alors, soudain, le mot &laquo;&nbsp;Lamorici&egrave;re&nbsp;&raquo; se d&eacute;compose devant mes yeux et devient &laquo;&nbsp;La mort ici erre&nbsp;&raquo;&hellip; Ah, si j&rsquo;avais eu le pouvoir de rattraper le bateau, d&rsquo;en faire descendre Jeanne&nbsp;! Bien s&ucirc;r, je me suis raisonn&eacute;, je suis rentr&eacute; chez moi en me disant que tout cela &eacute;tait l&rsquo;influence des po&egrave;mes que j&rsquo;avais &eacute;crits&nbsp;! Dans la nuit, j&rsquo;apprends que le bateau avait des avaries, qu&rsquo;il essuyait une temp&ecirc;te au large des Bal&eacute;ares. J&rsquo;essaie de me rassurer et mes amis s&rsquo;y emploient. Curieusement, j&rsquo;y parviens&hellip; et puis Jeanne &eacute;tait une tr&egrave;s bonne nageuse. Pourtant, je commen&ccedil;ais &agrave; comprendre la langue que j&rsquo;avais &eacute;crite, qui m&rsquo;avait &eacute;t&eacute; souffl&eacute;e dans mon po&egrave;me et dont j&rsquo;avais entrevu la cl&eacute; lorsque le nom du bateau s&rsquo;&eacute;tait d&eacute;compos&eacute;&nbsp;! A six heures du matin on me pr&eacute;vient que le bateau venait de faire naufrage. Peu apr&egrave;s, la liste des rescap&eacute;s &eacute;tait affich&eacute;e au bureau de la compagnie&nbsp;: j&rsquo;ai refus&eacute; d&rsquo;y aller, je savais que Jeanne &eacute;tait morte. En effet, elle avait &eacute;t&eacute; noy&eacute;e, comme le po&egrave;me m&rsquo;en avait averti. Et l&rsquo;&eacute;v&eacute;nement m&rsquo;avait traduit la langue &eacute;trang&egrave;re de ce po&egrave;me&hellip; Alors quand vous me parlez de la m&eacute;diumnit&eacute; du po&egrave;te&hellip; On l&rsquo;&eacute;tudie aujourd&rsquo;hui et je n&rsquo;en suis qu&rsquo;un petit exemple parmi les plus grands. Pour ma part, j&rsquo;&eacute;tais autrefois assez sceptique mais, depuis, oui, je crois &agrave; un certain pouvoir de la sensibilit&eacute; po&eacute;tique.</font><br /><strong><br />F. V.</strong> <strong>Ardent d&eacute;fenseur de la po&eacute;sie, mais encore des lettres et des arts, quand trouvez-vous le temps d&rsquo;&eacute;crire des po&egrave;mes&nbsp;?</strong><br /><font color="#0000ff">M-P F. Je le trouve toujours parce que c&rsquo;est ma vie. Et puis, je suis un homme qui ne dort que cinq heures par nuit. Cela me suffit parfaitement&nbsp;! Au d&eacute;but de l&rsquo;ann&eacute;e prochaine, je publie au &laquo;&nbsp;Mercure&nbsp;&raquo; un nouveau recueil de mes po&egrave;mes. Mais figurez-vous qu&rsquo;&agrave; soixante-trois ans j&rsquo;ai d&eacute;couvert le roman. Le premier, &laquo;&nbsp;La rencontre de Santa Cruz&nbsp;&raquo; est paru chez Grasset il y a quelques mois. Un autre va suivre que je suis en train d&rsquo;&eacute;crire. Il est d&rsquo;une conception toute diff&eacute;rente et j&rsquo;ai en t&ecirc;te encore plusieurs romans&nbsp;!</font><br /><strong><br />F. V.</strong> <strong>Peut-on vous demander, sans citer les vivants, quels sont vos po&egrave;tes pr&eacute;f&eacute;r&eacute;s&nbsp;?</strong><br /><font color="#0000ff">M-P F. Alors dans le d&eacute;sordre et je vais en oublier&nbsp;! C&rsquo;est selon les jours et l&rsquo;humeur que l&rsquo;on est plus proche d&rsquo;un po&egrave;te ou d&rsquo;un autre. Je ne peux me passer de Saint-John Perse, d&rsquo;Apollinaire, de G&eacute;rard de Nerval. Et le p&egrave;re Hugo et Mallarm&eacute;, Pierre-Jean Jouve, Baudelaire&hellip;. Pr&eacute;vert, j&rsquo;en oublie sur cette liste&nbsp;; mais lui Pr&eacute;vert, je ne veux pas l&rsquo;oublier&nbsp;!</font><br /><strong><br />F. V.</strong> </font></font><font face="times new roman,times,serif"><font size="3"><strong>Quel est celui que vous relisez le plus&nbsp;?<br /></strong><font color="#0000ff">M-P F. Ah, c&rsquo;est Baudelaire&nbsp;! Pour la beaut&eacute; de sa po&eacute;sie, mais aussi parce qu&rsquo;il y a chez lui un dialogue d&eacute;chirant entre le ciel et la terre, entre la faute et l&rsquo;innocence. Je crois que c&rsquo;est cela qui m&rsquo;attache le plus &agrave; lui, ce d&eacute;chirement que je sens chez lui. Voyez-vous, j&rsquo;ai l&rsquo;air d&rsquo;un bon gros vivant et, c&rsquo;est vrai, je ne vais pas cacher que je suis sensible aux joies de l&rsquo;existence&hellip; C&rsquo;est comme cela que l&rsquo;on me voit. Mais, en fait, je suis l&rsquo;homme le plus inquiet, le plus d&eacute;chir&eacute; qui soit. A la limite, c&rsquo;est dans l&rsquo;inqui&eacute;tude que je parviens &agrave; trouver ma paix.</font><br /><strong><br />Fran&ccedil;oise VERGNAUD.</strong> <strong>La mort, sans cesse pr&eacute;sente dans votre &oelig;uvre, n&rsquo;est-elle pas un des grands sujets de cette inqui&eacute;tude&nbsp;?</strong><br /><font color="#0000ff">Max-Pol FOUCHET. Oui, toute ma vie, j&rsquo;en ai parl&eacute;&nbsp;: elle m&rsquo;a enlev&eacute; des &ecirc;tres qui m&rsquo;&eacute;taient tr&egrave;s chers. De par mon existence mouvement, je l&rsquo;ai moi-m&ecirc;me c&ocirc;toy&eacute;e de tr&egrave;s pr&egrave;s&hellip; Mais je n&rsquo;ai pas peur, je crois la conna&icirc;tre, j&rsquo;ai avec elle d&rsquo;excellentes relations de voisinage. Si j&rsquo;ai peur de quelque chose, c&rsquo;est de la souffrance&hellip; Non pas par l&acirc;chet&eacute; mais parce que je ne voudrais pas que la souffrance f&ucirc;t telle qu&rsquo;elle me fit d&eacute;tester la mort.</font><br /><br /></font></font><p><em><font color="#0000ff" size="3" face="times new roman,times,serif">* in Marie France, octobre 1977, avec son aimable autorisation.&nbsp;</font></em></p>

<p><font color="#0000ff"><font style="background-color: rgb(234, 255, 238);"><strong><font color="#990000" size="3" face="times new roman,times,serif"><br />A lire &eacute;galement &quot;Pr&eacute;sence de Max-Pol Fouchet&quot; :</font></strong></font></font></p>

<p><a href="default_page.php?menu=2&page=2"><strong><font style="background-color: #eaffee" color="#0000ff" size="3" face="Times New Roman">http://www.atelier-imaginaire.com/default_page.php?menu=2&amp;page=2</font></strong></a></p><p>&nbsp;</p>

<strong><font size="3"><font face="Times New Roman"><font color="#990000"><br /><br />L'Atelier Imaginaire recommande d'&eacute;couter&nbsp;:</font> <br /></font></font></strong><font color="#ff3300"><font size="3" face="Times New Roman"><strong>Fontaine, une source de la r&eacute;sistance po&eacute;tique&nbsp;</strong></font><font size="3" face="Times New Roman"><strong>(avec le po&egrave;te Georges-Emmanuel Clancier)<br /></strong></font></font><font color="#990000" size="3" face="Times New Roman">En avril 1939, la revue&nbsp;<em>Mithra</em>&nbsp;devient&nbsp;<em>Fontaine</em>, plac&eacute;e, depuis Alger, sous la direction de Max-Pol Fouchet. &laquo;&nbsp;<em><em>Sonne l&rsquo;heure de la po&eacute;sie, quand sonne l&rsquo;heure du mensonge</em>&nbsp;&raquo;</em>, se positionne, d&rsquo;embl&eacute;e, l&rsquo;&eacute;crivain.<br /></font><font face="Times New Roman"><font size="3"><font color="#990000">Un superbe documentaire de St&eacute;phane Bonnefoi, r&eacute;alis&eacute; par S&eacute;verine Cassar.<br />&Eacute;mission de France Culture du 10 janvier 2012 (Po&eacute;sie et Histoire).&nbsp;&nbsp;<br /></font></font><strong><a href="http://www.franceculture.fr/emission-la-fabrique-de-l-histoire-poesie-et-histoire-24-2012-01-10"><font color="#0000ff" size="2">http://www.franceculture.fr/emission-la-fabrique-de-l-histoire-poesie-et-histoire-24-2012-01-10</font></a></strong></font><strong><font color="#0000ff"><font size="2"><font face="times new roman,times,serif">&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br /></font></font></font></strong>

<strong><font color="#990000" size="2" face="Times New Roman"><br />Message d&eacute;pos&eacute; sur le site de l'&eacute;mission par l'Atelier Imagnaire:</font></strong><font style="background-color: rgb(234, 255, 238);"> <p class="MsoNormal"><font size="3"><font face="times new roman,times,serif"><strong><font color="#0000ff"><span style="font-family: arial; color: rgb(77, 77, 77); font-size: 11pt;">Atelier Imaginaire&nbsp;</span><span style="font-family: arial; color: rgb(77, 77, 77); font-size: 11pt;">13.01.2012</span></font></strong></font></font><span style="font-family: arial; color: rgb(77, 77, 77); font-size: 11pt;"><font color="#0000ff" size="3" face="times new roman,times,serif"><strong> <br /></strong></font></span><span style="font-family: arial; color: rgb(77, 77, 77); font-size: 11pt;"><font size="3"><font face="times new roman,times,serif">Lumineux Georges-Emmanuel Clancier, &agrave; la m&eacute;moire fid&egrave;le et fertile. Lumineux Max-Pol Fouchet, ardent et fervent, n&eacute; le premier mai, &agrave; midi, place de la R&eacute;publique, puis baptis&eacute; &agrave; la normande d'une goutte de Calvados sur les l&egrave;vres, au milieu des hommes d'&eacute;quipage du voilier &quot;Libert&eacute;&quot;, &agrave; mi- distance de la France, pays de la D&eacute;claration des droits de l'homme et du citoyen, et de l'Angleterre, pays de la grande Charte.<br />Merci &agrave; GEC, le &quot;paysan c&eacute;leste&quot;, qui, comme Max-Pol, tout en connaissant &quot;le pain noir' n'a jamais d&eacute;sesp&eacute;r&eacute; de l'homme et n'a cess&eacute; de croire &agrave; la beaut&eacute; du monde et aux &quot;vraies richesses&quot;.<br />Merci enfin pour cette &eacute;mission, bien men&eacute;e, bien conduite, bien illustr&eacute;e, en esp&eacute;rant qu'elle aura une suite, tant il y a encore de superbes choses &agrave; dire et &agrave; transmettre.</font></font></span><br /></p></font>

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