Arts et lettres "PLAIDOYER POUR LA POESIE" PAR TCHICAYA U TAM'SI



"PLAIDOYER POUR LA POESIE" PAR TCHICAYA U TAM'SI

<p><font size="3" face="times new roman, times, serif" style="">Je ne veux aller chercher ailleurs un art de vivre si ce n&rsquo;est dans la po&eacute;sie. Qu&rsquo;on ne s&rsquo;y trompe pas. Il n&rsquo;est pas question un instant que je me retire du monde. Pas de tour d&rsquo;ivoire. Pas de retraite dans quelque solitude profonde &ndash; non. Je dis que ma po&eacute;sie est une &laquo;politique&raquo; c&rsquo;est-&agrave;-dire une volont&eacute; d&rsquo;insertion dans ce monde. Par elle j&rsquo;exige toute ma part dans l&rsquo;aventure humaine qui semble menac&eacute;e dans ce si&egrave;cle qui finit et dans le si&egrave;cle qui vient, pr&eacute;caire parce qu&rsquo;elle se joue &agrave; chaque fois sur la corde raide. Elle reste une volont&eacute; d&rsquo;&ecirc;tre mais elle est aussi une source d&rsquo;&eacute;quilibre. Elle est le choix que je fais du verbe. Parce que je me soumets &agrave; l&rsquo;id&eacute;e que le verbe est bien au commencement de tout et que c&rsquo;est par lui que je prends chair au monde. Par lui je me manifeste au monde.<br /><br /></font></p> <p><font size="3" face="times new roman, times, serif" style="">&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; Elle, la po&eacute;sie, est fatalement mon manifeste le plus grave, le plus secret, mais non le plus myst&eacute;rieux. De fait elle couve la lumi&egrave;re. Elle est elle-m&ecirc;me cette lumi&egrave;re, sans laquelle elle ne serait jamais. Alors je ne m&eacute;priserai jamais la po&eacute;sie, et je n&rsquo;admettrai jamais que l&rsquo;on veuille lui assurer une marginalit&eacute; honteuse ou orgueilleuse. Honteuse ou orgueilleuse oui! On lit cela dans maints manifestes. Pascal se m&eacute;fiait de la fausse &eacute;loquence &ndash; Verlaine tordit le cou &agrave; toute &eacute;loquence. Tout le mal vient peut-&ecirc;tre de l&agrave;. Il fit trop droit &agrave; la petite chanson. Rimbaud n&rsquo;a pas pu tout sauver du d&eacute;sastre. Il abdique pour le pire n&eacute;goce. Mais heureusement qu&rsquo;il y a eu Rimbaud. On voit des po&egrave;tes qui, &agrave; trop vouloir &laquo;peser les &oelig;ufs de mouches dans les balances de soie&raquo;, participent &agrave; la mort de la po&eacute;sie.<br /><br /></font></p> <p><font size="3" face="times new roman, times, serif" style="">&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; Disons-le en termes plus nets: Il faut &ecirc;tre effront&eacute; pour oser avouer qu&rsquo;on est po&egrave;te. &Ccedil;a ne fait pas s&eacute;rieux. Vos amis, votre &eacute;diteur s&rsquo;&eacute;tonneront que vous &eacute;criviez de la po&eacute;sie. &Ccedil;a ne nourrit pas son homme. N&rsquo;allez pas protester qu&rsquo;on ne vit pas que de pain, ce serait faire injure &agrave; la soci&eacute;t&eacute; de consommation. Ce produit n&rsquo;a aucun cours. Il ne se vend pas. Entendez que la parole dans sa quintessence ne se vend pas.<br /><br /></font></p> <p><font size="3" face="times new roman, times, serif" style="">&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; Or dans toutes les civilisations, dans toutes les cultures, dans toutes les traditions &ndash; qu&rsquo;elles soient orales ou &eacute;crites &ndash; la po&eacute;sie est le premier des genres litt&eacute;raires que l&rsquo;on rencontre. Tous les savoirs qui concourent &agrave; forger, &agrave; meubler, &agrave; tremper (je pense &agrave; la trempe des m&eacute;taux) l&rsquo;esprit, le corps, le c&oelig;ur de l&rsquo;homme sont en elle. Il n&rsquo;y a pas de science et de cr&eacute;ation hors d&rsquo;elle.</font></p>

<div><br /></div><div><p><font size="3" face="times new roman, times, serif">&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; La po&eacute;sie est primordiale. Elle c&eacute;l&egrave;bre l&rsquo;amour, la naissance, la vie, la mort. Elle interroge l&rsquo;homme. Elle est la r&eacute;ponse &agrave; cette interrogation. Elle conf&egrave;re et restitue &agrave; tout ce qui se d&eacute;grade l&rsquo;&eacute;nergie, le feu, la lumi&egrave;re quand ce n&rsquo;est pas la chair. L&rsquo;aventure humaine est magique et partant po&eacute;tique. Tous les gestes faits pour s&rsquo;affranchir de l&rsquo;animalit&eacute; sont gestes magiques. Ainsi de faire jaillir l&rsquo;&eacute;tincelle en frottant deux silex. Ainsi de sortir du minerai brut l&rsquo;&eacute;l&eacute;ment m&eacute;tallique, arme ou outil. Ainsi de s&rsquo;enchanter des mots qui remod&egrave;lent les contours tant de l&rsquo;&acirc;me que du corps.</font></p> </div>

<p><font size="3" face="times new roman, times, serif"><br />&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; Il y a de la po&eacute;sie en tout. La po&eacute;sie c&rsquo;est faire, cr&eacute;er &ndash; selon l&rsquo;&eacute;tymologie. Au commencement. Faire dans le commencement revenait &agrave; produire un po&egrave;me. La po&eacute;sie dit le ma&icirc;tre mot qui permet la transmutation des m&eacute;taux. Le forgeron dit d&rsquo;abord une parole magique avant de battre le fer qui sans quoi ne prendra jamais la forme du d&eacute;sir. Oui &ndash; le verbe. La premi&egrave;re expression devant la chose cr&eacute;&eacute;e est un &eacute;bahissement. Quand la lumi&egrave;re fut il me sortit de la gorge un &eacute;bahissement. Le monde tout entier est le produit d&rsquo;un d&eacute;sir passionn&eacute;, prof&eacute;r&eacute; dans la foi: &laquo;Que la lumi&egrave;re soit!&raquo;<br /><br /></font></p> <p><font size="3" face="times new roman, times, serif">Toute science, tout savoir proc&egrave;de d&rsquo;elle. Elle est. La course fantastique des particules&hellip; les trous noirs au c&oelig;ur des galaxies. La feuille blanche o&ugrave; ne s&rsquo;est pas encore &eacute;crit le po&egrave;me &ndash; le premier mot du po&egrave;me n&rsquo;a-t-il pas en soi une exigence d&rsquo;absolu? Elle est contre la vanit&eacute; ou l&rsquo;inanit&eacute; du vide, contre quoi la nature du po&egrave;me s&rsquo;insurge, s&rsquo;&eacute;rige. Dans les premiers &acirc;ges le po&egrave;me est ce tout: savoir et connaissance &ndash; moyen de faire connaissance. Elle est aussi sa propre m&eacute;thode &ndash; Par les formes qu&rsquo;elle se donne. Elle est m&egrave;re des arts et des sciences. Elle est au commencement du monde pourquoi ne devrait-elle pas &ecirc;tre dans les si&egrave;cles &agrave; venir.</font></p>




Haut de page

Actualités

Imprimer la page Envoyer le lien de cette page à un correspondant Nous contacter